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BESTIALES : PROFONDEURS
Nouvelle - 2016
- Je n’aurais jamais été heureuse sans enfant.

Chloé prononce ces mots sur le ton de l’excuse, dans un murmure. Allongés sur le grand lit de bois laqué, ils sombrent peu à peu. Les volets ne sont pas fermés, la pièce est baignée d’une clarté lunaire aux allures irréelles. Elle le regarde les paupières mi-closes, abrutie par un début de somnolence. Son visage sue la fatigue, à bout de force. La vie s'est extraite d'elle. Paul dort sur son ventre, la bouche humide de lait, ses doigts perdus dans les boucles dorées de sa mère. Quelques heures, espère Arthur, de paix et de calme avant que ne retentissent à nouveau les vagissements, les couinements plaintifs et les hurlements de cette petite chose qui a envahi leur existence. Le signal. Le chercher dans son berceau et l'amener à Chloé pour qu’elle lui donne le sein. Le changer. Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Il le faut. L’enfant n’attend pas. Comment le pourrait-il d’ailleurs ? Il n’a qu’une obsession pour l’heure : vivre. Ce qui à ce stade, se résume à : téter, chier, dormir.

A l'autre bout de ce monde de sommeil et de baisers, quelque part au sous-sol, la chose gratte le mur. Arthur l’entend presque en permanence. Dans son antre, elle passe ses journées à l’appeler de ses pensées, tapotant le crépis du bout de ses pattes.